Le passage du temps

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Las Vegas
description

Lorsqu’on voit un caisson lumineux de Richard Kerr de loin, on est attiré par un dessin abstrait de couleur vive et luisante. L’oeuvre semble exiger qu’on la regarde de près, et c’est avec ce regard attentif que se révèle la réalisation de l’artiste. Kerr superpose et tisse des bandes de films mis au rebut (à partir de ses propres productions ou de chutes de productions commerciales) sur un caisson lumineux. Le critique Bart Testa les définit comme «un mélange de spectacle et d’intimité». (Testa, 2001)

Son oeuvre présente une dichotomie - les matériaux choisis passent du bruyant film traditionnel aux grandes et rapides images actionnées par la technologie aux minuscules bandes d’images silencieuses et sans vie entrelacées répétées sur un caisson lumineux. Les bandes ordinaires de minuscules images sont transposées en très belles transparences qui suggèrent un autel ou la lumière divine d’un vitrail. Les arrangements de couleurs et images gravées dans les bandes de film créent un motif abstrait qui peut être comparé aux peintures expressionnistes abstraites des années1950 et 1960. (Voir le thème ARTSask Au-delà de la Représentation pour de plus amples renseignements sur l’expressionisme abstrait).

L’idée de situer la table lumineuse de côté permettait à l’origine de présenter des panneaux publicitaires plus visibles, dans une culture populaire dont le mode de vie était basé sur l’auto. En 1977, le photographe Jeff Wall (dont l’oeuvre est présentée dans le thème ARTSask Technobabil) a été l’un des premiers artistes à reconnaître le potentiel du caisson lumineux pour animer et monumentaliser ses images photographiques. Cependant, le but de Kerr est quelque peu différent. Il utilise le caisson lumineux, le métrage, ainsi que sa connaissance du cinéma et des processus de fabrication de film pour créer un dialogue sur le film. Dans un article datant de 1998, Jack Anderson écrivait ce qui suit à propos de l’oeuvre de Kerr : «On trouve exprimées ici les notions abstraites fondamentales de tous les films, quelqu’en soit le sujet : la lumière, le temps, l’espace et le rythme.» (Anderson, 1998)

Lee-Ann Martin nous donne quelques aperçus de l’oeuvre de Kerr dans le catalogue de l’exposition de la série After the Motion Picture : «Dans Las Vegas, Kerr utilise des chutes de son film Cruel Rhythm (1992), qui combine des images de paysages du Sud-Ouest américain avec des abstractions produites en utilisant un obturateur grande vitesse et un socle avec tourelle d’objectifs. L’interaction entre les palmiers et la flamme (symbole de destruction) suggère une interprétation chrétienne de l’oeuvre. La croix est intégrée à la composition par l’application d’un gel coloré au support de Plexiglas derrière les bandes : Las Vegas est un exemple du désir de Kerr de comprimer le temps, car l’oeuvre comprime 600 pieds de pellicule qui représentent environ 12 minutes» (Martin, 1998).

Kerr utilise une technique connue sous le nom de montage pour créer cette oeuvre, une méthode qui diffère selon qu’il s’agit de cinéma ou d’art visuel. Dans la fabrication de film, le montage est un style qui requiert nombre de coupures et des changements de caméra pour suggérer des sens qui dépassent l’action présentée. Le montage est également une technique utilisée pour condenser le temps et suggérer des souvenirs et des états d’esprit. En art visuel, le montage prend ses racines dans le cubisme. Au début du vingtième siècle, les artistes qui travaillaient selon la tradition cubiste utilisaient dans leurs oeuvres des images déjà faites ou des images ou objets mis au rebut. Les oeuvres qui en résultaient étaient souvent considérées comme scandaleuses; il va sans dire qu’à l’époque, elles remettaient en question l’idée que se faisait le public de ce qu’était l’art.

Bien qu’il soit principalement un cinéaste, Kerr se fait également un «peintre de lumière» avec son oeuvre Las Vegas. Il y entrelace des centaines de pieds de bandes mises au rebut pour créer ces compositions méditatives à la séduisante beauté. Son oeuvre se situe au carrefour du cinéma et de l’art visuel et combine des matériaux non-traditionnels avec des méthodes nouvelles pour présenter des idées liées au temps et à l’illusion, à l’industrie du film et à la culture populaire.

additional resources Matière à réflexion
  • Trouvez des exemples de montages de film utilisés dans les films pour la télé et pour le cinéma. Discutez des effets qui peuvent être atteints avec cette méthode.
  • Comment les oeuvres de Kerr représentent-elle le temps? Ces oeuvres présentent-elles un temps qui ne passe pas? Représentent-elles un «temps capturé»?
  • Les images de Kerr rappellent la lumière filtrant à travers un vitrail. Croyez-vous que l’oeuvre de Kerr évoque le sublime? Jetez un coup d’oeil sur le site web dont l’adresse est donnée ici pour voir un exemple de lumière filtrant à travers un vitrail.

Comment Kerr crée-t-il un certain rythme dans son oeuvre? Peut-on établir des liens de son oeuvre à d’autres formes d’art que le cinéma?

  • Songez aux films de Hollywood et à la surenchère publicitaire des riches et des célébrités. Regardez des films d’art réalisés indépendamment et des films à grand succès produits à Hollywood. Songez à ce qui rapproche et à ce qui différencie ces deux genres, et discutez ces différences et similarités avec vos professeurs et vos camarades de classe.
  • Pourquoi, d’après vous, Kerr a-t-il intitulé son oeuvre Las Vegas? Comment le titre pourrait-il refléter des idées associées avec le postmodernisme ou la postmodernité?
  • Le but de l’industrie du film de Hollywood est de faire des recettes énormes. Songez aux grosses compagnies et à la façon dont les affaires ou le commerce sont liés aux arts. Quelle sorte de pouvoir représentent les affaires dans l’industrie du film? De quelle façon croyez-vous que les affaires ont affecté l’industrie du film? Quels en sont les effets sur vous en tant que public et protecteur des arts?
Références

(anglais) Anderson, Jack. ‘Manipulating Film for Art.’ Regina Leader Post, 27 août 1998.

(anglais) Elder, Bruce. ‘Kerr, Richard.’ The Canadian Encyclopedia. Capté d’Internet le 4 avril 2007 http://www.thecanadianencyclopedia.com/index.cfm?PgNm=TCE&Params=A1ARTA0011592.

(anglais) Wees, William C. ‘Stealing from the Dream Factory: Collage, Montage, Hollywood and the Avant-Garde.’ In Industry: Recent Works by Richard Kerr. Catalogue d’expositions. Concordia, Quebec, 2004, pp 55-60.

(anglais) Martin, Lee-Ann. The After the Motion Picture Series. Catalogue d’exposition. MacKenzie Art Gallery, Regina, Saskatchewan, 1998.

(anglais) Testa, Bart. ‘Richard Kerr’s Recuperation: After Motion pictures and les Collages de Hollywood.’ Prefix Photo, 4 novembre 2001.

Canadian Heritage University of Regina Mackenzie Art Gallery Mendel Art Gallery Sask Learning