Le regard

Some of the features on this page require that JavaScript be enabled.
Regarder l’oeuvre précédente Regarder la prochaine oeuvre
67
68
Les soeurs Hilton
Débutante
Janieta Eyre, Eyre, photograph, photography, gelatin silver print, portrait, self portrait, period style, memory, history, nostalgia, historical fantasy, composed photographic image, twin, twining, duplication, historical photographic style, metaphor, costume, black and white photograph, 2D art, two-dimensional art, the gaze, identity, photography, black and white photograph, portrait, metaphor, self-portrait, memory, history, nostalgia, twins, sisters, the gaze,
description
Comme il est triste que je devienne un jour vieux et horrible et affreux. Mais cette peinture demeurera jeune. Je n’y serai jamais plus vieux qu’en ce jour particulier de juin... Si seulement c’était le contraire! Si c’était moi qui devais toujours rester jeune, et la peinture qui devait vieillir! Pour cela, pour cela, je donnerais tout! Il n’y a rien au monde que je ne donnerais! Je donnerais mon âme pour cela!

Oscar Wilde, Le portrait de Dorian Gray , Chapitre 2

Ce que Janyeta Eyre explore, dans Les sœurs Hilton et Débutante, semble être une version du voeu de Dorian Gray réalisé, sa chance enfin de se diviser en deux, d’avoir une partie de son identité qui vieillit pendant que l’autre reste jeune. La version de Eyre, toutefois, se réalise métaphoriquement puisqu’elle joue sur des possibilités et sur l’histoire réimaginée dans sa photographie, s’insérant dans chaque image... deux fois. Les deux images sont réalisées selon un style d’époque : bien qu’elles aient été terminées dans les années 1990, elles sont été composées et imprimées dans le but de paraître des années 1890, années de naissance de la photographie. Ainsi elles parlent de l’histoire, des souvenirs et de nostalgie.

L’artiste elle-même n’a pas de jumelle, sauf celles qu’elle a créées dans son oeuvre. Dans Débutante, elle est vêtue de noir; une version d’elle est assise sur le sofa, les yeux baissés, et l’autre, debout et tenant la photo d’un homme, s’adresse à nous. Une version de l’artiste semble isolée, la tête baissée, alors que l’autre paraît faire une voeu. La photographie d’un homme représente l’absence de cet homme (s’il était présent, sa photographie serait superflue), et ainsi la difficulté des jumelles devient celle d’avoir à faire face à la perte. Pendant que l’une vit son deuil intérieurement, seule et silencieusement, l’autre s’adresse à nous en nous accusant presque, rappelant le disparu, déclarant formellement son souvenir.

Lorsque nous regardons Les soeurs Hilton, il faut nous souvenir que ces photos ont été prises en 1995, avant que les Hilton Sisters - Paris et Nicky – soient connues du grand public. Cette photographie ne fait donc vraisemblablement pas référence à elles. Et pourtant, en examinant ce qui arrive dans l’image, on s’aperçoit que c’est à propos de l’image publique, de l’acceptation sociale. L’une des jumelles est debout, l’autre assise (comme dans Débutante); la jumelle sur la gauche est assise au piano, les mains jointes, et elle nous regarde. La position de ses mains ainsi que la tension dans son dos et ses jambes suggèrent qu’elle va jouer ou vient de jouer, qu’elle a exécuté un morceau ou va le faire, et que son regard demande soit une permission soit une reconnaissance.

L’autre jumelle, toutefois, souffre de strabisme (elle louche); il n’est pas certain qu’elle s’adrese à nous. Elle est située dans un éclairage plus faible, l’ombre projetée par une plante se superposant sur sa robe, ce qui suggère qu’elle s’éloigne de nous, qu’elle est nerveuse et maladroite. Nous nous rendons compte qu’elle ne souhaite pas l’attention et l’approbation que sa jumelle sollicite lorsque nous remarquons qu’elle rase le mur près du piano.

Parce que le langage de l’art est un langage métaphorique, nous lisons ces images pour ce qu’elles peuvent représenter. Dans le cas d’Eyre, une jumelle implique la duplication ou la division de la personalité, de la responsibilité, de l’identité, ou de la possibilité; à un carrefour, elle décide de ne pas choisir une seule direction, mais d’aller dans les deux.

additional resources Matière à réflexion
  • Que nous dit l’utilisation que fait Janieta Eyre d’un style photographique historique?
  • Décrivez les jumelles dans Les soeurs Hilton et dans Débutante.Qu’est-ce que leurs costumes et coiffures suggèrent sur leur provenance et leur style de vie? Cela pourrait-il être partie intégrante de leur aspect métaphorique?
  • Trouvez d’autres exemples d’oeuvres d’art, sur le site ARTSask ou par vos propres moyens qui ont à voir avec l’autoportrait comme moyen d’explorer les possibilités de l’esprit. Comment l’approche d’Eyre diffère-t-elle de celle d’autres artistes?

Comment, spécifiquement, la formation d’Eyre en philosophie et en journalisme de revues l’a-t-elle préparée à créer ces images ?

Références

(anglais) Anonyme. ‘Janieta Eyre.’ Artists, Diane Farris Gallery. Repris de l’Internet le 10 juin 2008: http://www.dianefarrisgallery.com/artist/eyre/.

(anglais) Anonyme. ‘Janieta Eyre.’ BrontëBlog, 5 janvier 2006. Repris de l’Internet le 10 juin 2008: http://bronteblog.blogspot.com/2006/01/janieta-eyre.html.

(anglais) Cristo, Selena. ‘Janieta Eyre.’ Hive Magazine, Issue II, August 2003 .Repris de l’Internet le 10 juin 2008: http://www.dianefarrisgallery.com/artist/eyre/hive_magazine.htm.

(anglais) Lev, Nadya. ‘Janieta Eyre Clones Herself.’ Coilhouse, (archive blog), 7 avril 2008. Repris de l’Internet le 10 juin 2008: http://coilhouse.net/2008/04/07/janieta-eyre-clones-herself/.

(anglais) Wagner, Jason. ‘Is Seeing Believing? - Undefined Section.’ The Duke Chronicle, 26 janvier, 2001. Repris de l’Internet le 10 juin 2008: http://media.www.dukechronicle.com/media/storage/paper884/news/2001/01/26/UndefinedSection/Is.Seeing.Believing1459603.shtml?norewrite200611260719&sourcedomain=www.dukechronicle.com.

 

Canadian Heritage University of Regina Mackenzie Art Gallery Mendel Art Gallery Sask Learning