Le regard

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Grande jeune fille
Face de chien
Janet Werner, Werner, acrylic, painting, 2D art, two-dimensional art, portrait, imagined portrait, objective beauty, portrait subject, beauty, ugliness, subject, frontal pose, societal expectations , painting, women, portrait
description

Puis la puberté est arrivée et a détruit ma confiance en moi, a détruit tout ce qui est moi....parce que c’est un méchant changement, toute une réadaptation, ce que, penses-y: avant la puberté, les filles et les gars disent : «les filles, ouache!» «les gars, ouache!» Puis on arrive à la puberté et on commence à allumer, et on pense «j’suis mieux d’avoir l’air fin!» ...Et là, mère Nature dit : «NON! Ce sera la pire période de ta VIE, t’auras jamais eu l’air aussi laid!’”.

--Eddie Izzard, Dress to Kill

Janet Werner semble enfermée dans l’adolescence, du moins ses peintures le sont-elles.

L’oeuvre de Werner a pour thème les apparences et la maladresse des adolescents de l’école secondaire. Ses portraits, qui sont principalement de femmes imaginaires, sont affreux. Ils n’évoquent pas seulement des personnes maladroites, mais ils constituent également des peintures maladroites avec leur distribution inégale de peinture, d’épais morceaux d’empâtement ici et là sur la toile, un mélange malheureux de tons et une palette de couleurs délibérément maladive.

En créant volontairement de la laideur sous la forme d’un portrait, Werner explore l’idée d’une beauté objective, si tant est que cette beauté existe. Une féministe de l’après-70, Werner interroge les attentes culturelles sur la beauté féminine, et perturbe notre désir de beauté. Les titres de ses oeuvres connotent souvent de durs jugements, indiquent cette intention, comme dans les exemples de son oeuvre de la collection de la Mendel Art Gallery Grande jeune fille and Face de chien ; chacune suggérant la non-acceptation du sujet du portrait. Werner ne traite pas ses sujets avec neutralité; au contraire, elle semble leur vouer le même mépris que celui qui est réservé aux femmes sur lesquelles les attentes sociétales butent. «Si on ne peut se fier à l’art pour être beau, demande son oeuvre, pourquoi attendre des gens qu’ils soient beaux?»

L’usage du regard dans les oeuvres de Werner s’est modifié avec le temps. Les oeuvres de jeunesse, datant d’avant 2000, telles que celles de l’exposition Beautiful Losers, présentées à la Dunlop Art Gallery, présentent ses sujets de face, dans une posture rigide; comme Isa Tousignant l’a montré, elles rappellent les photos-passeports, où le sujet du portrait s’adresse directement au spectateur. (Tousignant, 2005)

Dans ses oeuvres plus récentes comme Grande jeune fille, Werner a choisi de modifier légèrement le regard du sujet, empirant la maladresse; la personne du portrait est trop timide ou gênée pour nous regarder. Dans Face de chien, le sujet est dépourvu de contexte, et même de contexte corporel, en tant que tête flottant dans le non-espace de la toile, avec ce qui semble être des cicatrices ou des lignes de mascara coulé.

Lorsqu’on a affaire aux oppositions binaires de la laideur et de la beauté, de la maladresse sociale et de l’acceptation sociale, l’adolescence n’est-elle pas le meilleur mode culturel pour opérer? L’utilisation fréquente du sujet des jeunes femmes par Werner est un choix astucieux. Par ailleurs, en utilisant des femmes fictives, elle crée un sujet avec lesquels les spectarices et spectateurs peuvent s’identifier, bien que sur un mode ambivalent, puisque à la fois nous ressentons de la pitié pour les visages sur les toiles qui trahissent une maladresse sociale, et nous nous rappelons notre propre maladresse sociale.

additional resources Matière à réflexion
  • Une peinture peut-elle être laide – délibérément ou accidentellement – et toujours être del’art? Qu’est-ce qui définit une chose comme oeuvre d’art? Votre définition est-elle compatible avec celle de Werner?
  • Remarquez l’usage que fait Werner du regard dans Grande jeune fille et Face de chien de même que le regard de ses sujets. Qu’est-ce que cela vous dit des sujets et de leur relation à vous, leur spectateur?
  • Imaginez les vies de ces sujets fictifs de Werner. Écrivez une courte composition qui détaille les événements d’une journée dans la vie du sujet, un événement qui aurait mené à la création de son portrait par Werner. Décrivez ce qui lui arrive et comment elle s’en tire. Son apparance dans la peinture reflète-t-elle son apparence réelle ou son humeur ?
  • Références

    (anglais) Anonyme. ‘Janet Werner.’ Artists, Parisian Laundry. Tiré de l’Internet le 10 juin 2008 : http://www.parisianlaundry.com/artists fr/werner020 fr

    (anglais) Balzer, David. ‘Janet Werner.’ Canadian Art, March 15, 2007. Tiré de l’Internet le 10 juin 2008 : http://www.canadianart.ca/art/reviews/2007/03/15/janet_werner/.

    (anglais) Dion, François. Small Craft Warnings. Annonce d’exposition. Gallery 101, Ottawa, Ontario. Tiré de l’Internet le 10 juin 2008 : http://www.gallery101.org/content.php?lan=en&col=1%E2%8A%82=petros⊂=smallcraft&act=exhibitions&lev=1.

    (anglais) Redfern, Christine. ‘Ladies in Landscapes.’ Montreal Mirror, Vol. 23, No. 38. Tiré de l’Internet le 10 juin 2008 :: http://www.montrealmirror.com/2008/031308/artsweek.html.

    (anglais) Tousignant, Isa. Janet Werner gets real.’ Hour.ca, July 28, 2005. Tiré de l’Internet le 10 juin 2008 : http://www.hour.ca/visualarts/visualarts.aspx?iIDArticle=6735.

    Canadian Heritage University of Regina Mackenzie Art Gallery Mendel Art Gallery Sask Learning