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Cimetière Juif
description

Wall a arrêté sa pratique de studio pendant sept ans tandis qu’il étudiait l’art et l’histoire de l’art. À la fin de cette période, il fait un voyage en autocar en Espagne, et visite un grand nombre de musées et galeries. Il est impressionné par les oeuvres d’artistes comme Diego Velasquez, un peintre du XVIIe siècle. À son retour à Londres, il remarque de grandes affiches commerciales rétroéclairées : ces images publicitaires illuminées associées aux extraordinaires peintures qui étaient encore fraîchement imprimées dans sa mémoire serviront de catalyste. Mais comme il le déclare dans une entrevue avec Els Barents, « ce n’est pas de la photographie, ce n’est pas du cinéma, ce n’est pas de la peinture, ce n’est pas de la propagande, mais c’est associé à tous ces arts. (trad.)» (Barents, 1987).

Terry Brougher, dans son ouvrage sur Wall, écrit : « Il a immédiatement su que ce médium avait des possibilités. Avec sa luminescence et son échelle, c’était non seulement un hybride de plusieurs formes d’art, mais c’était également aussi un peu du monde réel, un peu des temps modernes, avec ses liens à la publicité, la mode et le spectacle. Trad.» (Brougher, 1997)

Wall combine les idées de la culture populaire et de la publicité avec sa compréhension de l’art et de l’histoire de l’art. Il s’inspire de peintres du passé et analyse comment ils ont créé leurs remarquables oeuvres théâtrales, puis extrapole pour créer les siennes, tout aussi remarquables. La composition et le sujet de Cimetière juif font référence au tableau célèbre que Jacob van Ruisdael a exécuté vers 1657 et qui s’appelle aussi Le cimetière juif .

Comme bon nombre de peintres, Wall s’intéresse à la lumière et utilise la lumière fluorescente pour illuminer ses images. Beaucoup de peintres utilisent de très grands canevas pour écraser le spectateur et lui donner l’illusion qu’il peut entrer dans l’image, et Wall emploie souvent cette échelle. Son but est d’interpeller le spectateur, et il le fait en planifiant soigneusement ses images et ses prises de vue, d’où la savante mise en scène qui en résulte. Comme bien des peintres, il peut prendre des semaines ou des mois pour parfaire une seule image.

Depuis le développement de la technologie informatique dans les années 1990, Wall passe même encore plus de temps à corriger numériquement ses photos. Son oeuvre est rehaussée par les textes savants qu’il utilise pour accompagner ses idées et images. Robert Enright écrit : «Loin de moi l’idée de suggérer que toutes les images de Wall sont des histoires gothiques qui se présentent comme des rencontres quotidiennes ou des récits voluptueux d’excès cachés sous ce qui apparaît comme des radotages sociaux inoffensifs. Ce que je voudrais plutôt souligner, c’est que ses images sont toujours davantage – infiniment plus--que ce qu’elles présentent.Trad.» (Enright, 2000)

Cela se remarque dans la photographie d’un paysage calme intitulée Cimetière juif présentée ici. Cette oeuvre pourrait faire référence à l’holocauste, le génocide des Juifs par les Nazis durant la Seconde Guerre mondiale. Les ancêtres de Wall étaient juifs et l’artiste, par son choix de thème, pourrait raconter l’inhumanité de l’humain envers l’humain, ou faire référence à la perte inestimable d’un peuple et de sa culture. Les idées liées à ce qui est ignoré ou invisible dans la société sont des thèmes évidents dans d’autres photos de Wall, et c’est peut-être le cas pour cette oeuvre. En créant cette image, Wall suggère une idée ou une histoire, mais n’impose pas d’opinion personnelle ni de jugement moral; il laisse le spectateur tirer ses propres conclusions ou imaginer son propre récit.

Cette oeuvre appartient à une série d’oeuvres où Wall présente des vues extérieures ou des paysages. Dans Cimetière juif, Wall situe la scène dans un Vancouver pittoresque, sur le périmètre où la vie urbaine et l’environnement naturel se rencontrent. La présence de gens est évidente mais insignifiante tant l’environnement naturel est vaste. Le point de focalisation met l’accent sur le cimetière et l’idée que tous les mortels atteindront ce stage dans la vie. En arrière-plan, le ciel présente une lueur surnaturelle sur la ligne d’horizon, et suggère un portail entre ciel et terre.

Des usines sont visibles au loin, et par cette juxtaposition l’artiste pourrait suggérer des idées liées au divin et au quotidien, ou aux effets de l’industrie et du développement effréné sur la nature. La forte diagonale dans cette œuvre suggère un malaise et une tension et pourrait sous-entendre la vulnérabilité de l’environnement. Dans une autre photo intitulée The Holocaust Memorial in the Jewish Cemetery, 1987 (Le monument commémoratif de l’Holocauste dans le cimetière juif, 1987) Wall a ajouté un pont en arrière-plan pour impliquer la traversée d’un endroit à un autre.

Traditionnellement, l’artiste photographe documente la société et note des situations réelles. Wall fait fi de cette tradition et brouille toute frontière entre photographie et arts visuels. Il n’attend pas la parfaite prise de vue; il formule plutôt une idée et le sujet, engage des acteurs et met en scène son propre événement. Dans la plupart des cas, le spectateur est conscient de l’irréalité représentée, en raison des indices visuels et de l’aspect irréel des photographies.

Dans certaines images, Wall recrée l’impossible, dans d’autres il met en relief un sentiment du bizarre, et dans d’autres encore, il penche vers le grotesque et l’humour noir. Comme la critique Penny Cousineau-Levine le note, «le monde de la photo canadienne est un monde où, comme dans les images plus connues de Jeff Wall, il est possible de pique-niquer avec les ‘morts-vivants’, que les soldats morts se mettent à parler, et que les tombes soient débordantes de vie.Trad.» (Cousineau-Levine, 2003)

additional resources Matière à réflexion
  • Comment les publicités encouragent-elles les consommateurs à faire, voir ou acheter quelque chose? Trouvez des exemples et discutez de ce que vous croyez être les images et la présentation les plus efficaces.
  • Faites des recherches sur les oeuvres photographiques de Wall et d’autres artistes. Voyez-vous des références à la mort ou à des pièges dans leurs oeuvres?
  • Quels liens pourriez-vous voir entre le grand art et l’industrie du spectacle? Comment, selon vous, ces liens se créent-ils?
  • Discutez la tradition de la peinture de paysage. De quelle manière les oeuvres de Wall présentées ici pourraient être considérées comme en faisant partie?
  • Les peintures de paysage dépeignent habituellement des lieux naturels et le ciel, de même qu’une atmosphère causée par une condition météorologique quelconque. Quelques peintures montreront une scène où des humains ont posé leur marque, alors que d’autres ne montreront que la beauté de la nature vierge, ou une relation spirituelle à la terre, ou encore possiblement un sujet religieux. Les artistes ont aussi utilisé la peinture de paysage pour faire des commentaires sur la société et sur l’environnement.
  • Regardez plusieurs images de paysages sur le site de ArtSask et essayez de déterminer les intentions des artistes. Regardez les peintures canadiennes du Groupe des sept et déterminez la manière dont chacun des artistes s’insère dans la tradition des peintres paysagistes. Les photos de Wall présentées ici pourraient-elles en faire partie?
Références

(anglais) Ammann, Jean-Christopher. Fascination Illuminated in Jeff Wall’s Work.  Catalogues d’exposition.  ICA, London, 1984.

(anglais) Barents, Els.  Typology, Luminescence, Freedom: Selections from a conversation with Jeff Wall, in Jeff Wall transparencies, New York: Rizzoli, 1987, p. 99.

(anglais) Brougher, Kerry . Jeff Wall. Catalogue d’exposition.  The Museum of Contemporary Art, Los Angeles, California, 1997.

(anglais) Cheveier, Jean-Francois.  Play, Drama, Enigma.  Catalogue d’exposition.  The Museum of Contemporary Art, Chicago, Illinois, 1995.

(anglais) Cousineau-Levine, Penny.  Faking Death:  Canadian Art Photography and the Canadian Imagination.  Montreal/Kingston:  McGill-Queens University Press. 2003.

(anglais) Enright, Robert.  ‘The Consolation of Plausibility.’  Border Crossings, 2000, pp 39-51.

(anglais) Howard, Cori.  ‘School’s Out.’  National Post, 8 mars 2000.

(anglais) Saman Muacchio.  Paris.  Galleries West, Automne/Hiver, 2006, p21.

(anglais) Wall, Jeff.  Jeff Wall: Installation of Faking Death [1977] The Destroyed Room [1978] Young Workers [1978] Picture for women [1979].  Catalogue d’exposition.  Art Gallery of Greater Victoria, Victoria, British Columbia, Apr. 11-June 3, 1979.

(anglais) Zaslove, Jerry.  Faking Nature and Reading History The Mindfulness Toward Reality in the Dialogical World of Jeff Wall’s Pictures.  Catalogue d’exposition.  Vancouver Art Gallery, Vancouver, Colombie-Britannique,1989.

Canadian Heritage University of Regina Mackenzie Art Gallery Mendel Art Gallery Sask Learning