Espaces intérieurs

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Jeux de renards
description

On peut dire que Sandy Skoglund est designer, sculpteure, photographe et réalisatrice. « Skoglund contrôle tous les détails de ses photos », écrit Marge Goldwater. « Allant une étape plus loin que la tradition de la photographie en studio, non seulement dirige-t-elle le placement et les gestes de l’acteur, elle conçoit et fabrique aussi les nombreux objets inclus dans les tableaux ». (Goldwater, 1988)

L’œuvre  Jeux de renards a été commandée en 1989 par le Centre George Pompidou de Paris, en France, pour le 150e anniversaire de l’invention de la photographie. Skoglund a créé une salle à manger monochrome grise au plafond haut, avec un candélabre très orné, des fenêtres munies de barreaux et aveugles, une image solitaire sans image, huit tables et un certain nombre de chaises à dossier incurvé. Des lignes verticales se répètent dans les fenêtres et les nappes tandis que les lignes courbes se retrouvent dans le dossier des chaises, le candélabre et les renards. Chaque table est recouverte d’une nappe blanche et certaines ont une salière et une poivrière, une rose unique et des corbeilles à pain abandonnées. Il y a seulement trois êtres humains dans la pièce: un couple assis à une table au fond, légèrement décentrée, et un serveur qui s’occupe de la femme pendant que l’homme boit dans un verre. Les trois adultes semblent totalement inconscient de ce qui se passe autour d’eux. « Même sans les détails narratifs, » remarque Marge Goldwater, « la spécificité avec laquelle sont rendus les environnements implique une tragédie humaine irréfutable.» (Goldwater, 1988)

Cette scène ordinaire mais peu peuplée est perturbée par l’inclusion de 23 renards de diverses tailles et dans des poses variées. Ils sont déchaînés et extrêmement actifs alors qu’ils grimpent sur les tables, batifolent avec leur fratrie, jouent et cherchent de la nourriture. À propos de l’œuvre de Skoglund, Marge Goldwater déclare: «  Le naturalisme d’un tableau de Skoglund est si rassurant pour le spectateur qu’il est facilement accepté en dépit des indices d’irréalité, que ce soit la couleur des chats (verts) ou l’invraisemblance de l’activité dépeinte (un poisson qui vole).» (Goldwater, 1988)

Tandis que les renards sont fabriqués de façon réaliste, tous sauf un sont peints en rouge orangé vif, un énorme contraste avec la scène intérieure d’un gris-blanc sombre. Malgré leur irréalité, ils ont envahi la salle et la réalité, et ils représentent le pays des chimères en folie. Si Jeux de renards semble au premier abord représenter une idée fantaisiste ou un rêve, il évoque également une prémonition de peur, un rappel du pire cauchemar possible. Goldwater déclare que les tragédies que crée Skoglund dans ses photos et ses tableaux « abordent inévitablement le thème de la peur, rationnelle ou non, qui persiste au fond de nous.» (Goldwater 1988)

Pour renforcer ce sentiment de peur, un des renards est peint des mêmes couleurs que la pièce. On le voit à peine, comme dans la nature où, pour survivre, les animaux se camouflent. On a l’impression qu’un animal sauvage ou une menace se cache vraiment parmi la confusion et l’agitation.

Les images que crée Skoglund évoquent la tradition surréaliste. Tout comme les artistes surréalistes Magritte et De Chirico, elle fait des juxtapositions d’images invraisemblables afin de créer une tension et l’impression d’un monde qui a vraiment dérapé. Mais Skoglund va au-delà de ce concept en fabriquant une histoire fascinante avec son choix d’objets et d’intérieurs. Marge Goldwater déclare:«il s’agit du surréalisme au service de puissantes fins de narration.» Elle poursuit en disant que Skoglund « transforme le banal en mystère ». (Goldwater, 1988)

Skoglund se sert aussi de son œuvre pour faire des commentaires sociaux au sujet de la société contemporaine. Les humains qui se trouvent dans cette scène intérieure satisfont leurs besoin sans ne tenir aucun compte de ce qui se passe autour d’eux. « Skoglund met le surréalisme au service du commentaire social et politique, » déclare Goldwater, « alors qu’elle exprime des inquiétudes au sujet du lieu de travail, de la surpopulation, du vieillissement et de la guerre nucléaire, sinon par analogie, du moins grâce à l’allusion ou à l’hyperbole. » (Goldwater, 1988)

additional resources Matière à réflexion
  • Pouvez-vous penser à d’autres artistes dont les œuvres créent une atmosphère qui donne le frisson? Comment donnent-ils cette impression?
  • Pourquoi est-ce tout le monde aime Jeux de renards? Est-ce que cela ressemble un peu à une bande dessinée?
  • En quoi cette oeuvre ressemble-t-elle à la photographie dont on se sert dans la publicité commerciale?
  • Y a-t-il quelque chose d’incongru entre ce qui se passe dans Jeux de renards et ce qui devrait s’y passer? Est-ce ironique?
  • Selon vous, comment Skoglund a-t-elle pu rendre les traits et les mouvements des renards aussi réalistes?
  • Identifiez certaines des traditions liées au repas. Est-ce que le couple et la scène de Jeux de renards suggèrent l’intimité? Est-ce que des idées liées à l’intimité peuvent rendre quelqu’un aveugle à ce qui est vraiment flagrant?
  • Skoglund crée dans son œuvre une tension entre ce qui est réel et ce qui ne l’est pas. Pouvez-vous identifier d’autres artistes qui se sont servi de cette opposition dans leur œuvre?
  • Selon Marge Goldwater, « Skoglund elle-même n,a pas une histoire présente à l’esprit lorsqu’elle commence une pièce, mais elle est pleinement développée au moment où elle est prête à prendre la photo. » (Goldwater, 1988) Avez-vous jamais travaillé de cette façon? Avez-vous entendu parler d’artistes qui travaillent ainsi? (par exemple Susan Shantz dont l’œuvre apparaît dans ARTSask, sous le thème Le passage du temps.)
  • « Skoglund dit que son œuvre s’appuie sur un modèle frankensteinien où les humains ont créé un monde qu’ils ne contrôlent plus et qui se retourne contre eux. » (Sandy Skoglund, 2008) Approfondissez vos connaissances sur l’écrivain du 19e siècle, Mary Shelley et l’idée de Frankenstein créant un humain vivant qui échappe au contrôle de son créateur. Est-ce que certains progrès de la technologie et de la recherche contemporaines semblent échapper à notre contrôle? Pour en savoir plus sur Mary Shelley et Frankenstein, consultez :
  • Que symbolise le renard pour différentes cultures à travers le monde? Approfondissez vos connaissances du symbolisme du renard à :
  • Dans Jeux de renards, les rôles pourraient-ils être renversés et les humains être comme des animaux de zoo en cage pour le plaisir des renards?
  • Quel sens pourrait-on donner à un rêve où des renards s’attaquent à une personne?
  • Que peut symboliser la couleur rouge? Les renards peuvent-ils représenter le feu?
Références

(anglais) Auteur inconnu.  Mary Shelley.  Wake Forest University Art Collections.  Wake Forest University, Winston-Sallem, North Carolina.  Extrait d’Internet le 8 mai 2008 à (A) : http://www.wfu.edu/art/ac_skoglund_hangers.htm.

Auteur(s) inconnu(s).  Sandy Skoglund sur Wikipedia.  Extrait d’Internet le 7 mai 2008 à (F) :  http://fr.wikipedia.org/wiki/Sandy_Skoglund.

(anglais) Bowker, R.R.  Who’s Who In American Art 1989-90, 18th Edition.  Providence, New Jersey: Marquis Who’s Who, 1989.

(anglais) Goldwater, Marge.  Cross-Références: Sculpture intoPphotography. Catalogue d’exposition. Musée d’art contemporain, Chicago, Illinois. 1988.

(anglais) Picazo, Gloria.  Paradoxes of Photography-On the Work of Sandy Skoglund.  Catalogue d’exposition. Catalogue réimprimé pour l’exposition à L'Espace Photographique de la Ville de Paris, Paris Audiovisuel,Paris, France, 1992.

(anglais) Roegiers, Patrick.  Color and Terror in the Monochrome World of Sandy Skoglund.  Catalogue d’exposition, Barcelone, Espagne, 1992, pp. 95,96. Catalogue réimprimé pour l’exposition à L'Espace Photographique de la Ville de Paris, Paris Audiovisuel, Paris, France, 1992.

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