Espaces intérieurs

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Salle de classe (bombardier Hercules)
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description

L’objectif de Lynne Cohen est de saisir des environnements intérieurs et les choses fascinantes qu’elles indiquent au sujet des personnes qui les utilisent, de leur époque et de leur culture. Les endroits qu’elle photographie révèlent une artiste qui est toujours en accord avec son environnement et à l’affût d’intérieurs qui agissent comme des objets trouvés ayant une histoire intéressante à raconter. Ces espaces ont souvent une apparence si insolite et artificielle que les critiques pensent qu’elle a créé les installations, comme des décors de scène, puis qu’elle les a photographiées dans le cadre de sa pratique artistique.

Les premiers travaux de Cohen explorent les environnements domestiques comme des clubs pour hommes, des entrées, des salons de coiffure, des salons,  mais à mesure qu’elle développe ces idées, elle en arrive petit à petit, à des environnements institutionnels reflétant plus l’autorité :champs de tir, salles de classe, thermes, installations militaires et milieux de formation. Dans ses premières photos, l’objectif était près de ses sujets, mais depuis 1980, elle éloigne l’appareil photographique du sujet. 

Des idées reliées à l’existence humaine, au travail et au pouvoir peuvent se révéler de façon symbolique dans ces espaces impersonnels, privés, inoccupés. En 2001, lors d’une entrevue, Cohen déclare « …Depuis le début, mes photographies traitent de toutes sortes d’artifices et illusions. J’ai commencé à exploré les frontières entre le trouvé et le construit, l’absurde et ce qui est on ne peut plus sérieux, l’animation et l’inertie, et je poursuis cette exploration encore aujourd’hui. » (Cohen, 2001 interview)

Dans Salle de classe (bombardier Hercules), la scène est une image symétrique directe d’une salle de classe inattendue. Il s’agit d’un énorme espace en forme de carlingue d’avion contenant tout l’attirail nécessaire pour des missions aériennes. Cohen place avec soin la chambre photographique de 8 pouces sur  10 pour mieux saisir tous les détails et mettre l’accent sur la profondeur de la pièce. L’image finale est un agrandissement du format original afin de provoquer un impact plus fort et de suggérer au spectateur qu’il pourrait vraiment pénétrer dans cet intérieur. 

La scène globale, avec ses lignes convergeant vers un cercle central d’où radie la lumière, ressemble à une cible. Le motif lumineux sur le mur produit deux grandes formes évoquant des ailes d’avion qui luisent sur les murs de la salle de classe comme s’il s’agissait de miroirs. Cette image évoque la lumière émanant de fusées éclairantes qu’on relâche d’un avion et qui explosent pour éloigner les missiles à tête chercheuse thermique de leur cible. (Pour voir un exemple de cette image, voir Angel Flare Decoys à Youtube.)
 
On ressent un sentiment de claustrophobie et de malaise en regardant cette image et des questions nous viennent à l’esprit. Cache-t-on un crime ici? Tous les habitants ont-ils été tués? Comment rentre-t-on dans cet espace et comment en sort-on? Qui se sert de cet espace? Qu’enseigne-t-on dans cette salle de classe? Comme l’écrit Nancy Tousley, « Tenter comprendre ce qu’on enseigne, la connaissance transmise et de quelle façon elle l’est, ou bien qui on observe et pour quelles raisons, peut aboutir à des spéculations qui font réfléchir à la société dans laquelle nous vivons. » (Tousley, 1992)

Un lutrin pour enseigner se trouve dans la salle de classe, face au spectateur. Bien qu’aucun instructeur ne soit présent, le lutrin assume cette tâche de façon originale et drôle. Il a l’air d’éduquer son auditoire sur les processus appris et les actions engendrées par ce type d’instruction. Un corps/mannequin est allongé sur un lit de camp suspendu qui suscite des pensées de destruction, de vie et de mort.            

L’accès à des espaces institutionnels pose souvent des problèmes à Cohen mais cela fait partie du défi et du processus de sa photographie. En 2007, dans une entrevue, elle confie « Les photographies finies dépendent de la générosité d’étrangers. Je vois les pièces terminées comme une sorte de collaboration. Le processus est à la fois grisant  et frustrant. Grisant parce que je ne sais jamais ce que je vais découvrir derrière des portes fermées, frustrant parce que je ne suis jamais sûre que les personnes en charge m’accordent la permission de photographier. » (Hamkin, 2007)

Cohen souhaite garder le contrôle de tous les aspects de son processus et encadre ses travaux avec du formica.  Au sujet de ce choix, elle déclare: «J’ai arrêté mon choix sur le formica parce qu’il est fabriqué de façon photographique, il fait écho è ce qui se passe dans les photos et ajoute une autre couche d’illusion et d’artificiel.» (Ewing, et al, 2001) Cohen veut que le cadre «corresponde au sujet » (Ewing, et al, 2001) et à travers son encadrement elle fournit les seuls indices sur ce qu’elle pense de l’image encadrée. Pour  Salle de classe (bombardier Hercules) « une photo d’une imitation d’un bombardier Hercules a un cadre jaune à cause de son association à l’ypérite,» explique-t-elle. « Je pense que les pièces qui en résultent sont plus complètes en tant qu’objets et que la frontière entre la photo et le monde n’est plus aussi abrupte.» (Ewing, et al, 2001)

additional resources Matière à réflexion
  • Au sujet de ses travaux, Cohen déclare : «…Je ne me considère pas comme une photographe documentaire. Bien sûr, mes photos documentent les endroits où je vais. Mais elles documentent aussi mes pensées, des résonances entre ce qui existe dans le monde et ce qui se trouve dans ma tête. » (Ewing, et al, 2001) De quelle façon l’oeuvre de Cohen ressemble-t-elle à de la photographie documentaire? En quoi est-elle différente?
  • « Je me décris parfois comme une multiartiste à cause de ce que je dois faire pour avoir accès à ce que je veux photographier.» (Ewing, et al, 2001) En quoi consiste la performance et comment cela s’applique-t-il à l’œuvre de Cohen?
  • Dans la préface de No Man’s Land: The Photography of Lynne Cohen, on décrit les environnements de Cohen comme étant « …des environnements sérieux, parfois (comme dans les installations militaires menaçantes) dangereusement sérieux.» (Théberge and Ewing, 2001) Selon vous, est-ce vrai?
  • Cohen déclare : «Si les gens ne trouvaient pas les endroits que je photographie, comment dirais-je, un peu  bizarres, je me poserais des questions à leur sujet.» (Ewing, et al, 2001) Selon vous, Salle de classe (bombardier Hercules) est-elle bizarre?
  • Cohen déclare : « Chaque pièce est un élément conceptuel, une installation en temps réel.» (Ewing, et al, 2001) Êtes-vous d’accord avec cette déclaration? Qu’est-ce qu’une pièce indique au sujet des gens qui s’en servent?
  • Bon nombre des travaux de Cohen évoquent des odeurs. Selon vous, dans Salle de classe (bombardier Hercules), quelles odeurs sentiriez-vous?
  • À votre avis, Salle de classe (bombardier Hercules) suggère-t-elle des secrets? Ressent-on un sentiment d’aliénation?
  • Dans les travaux de Cohen, y a-t-il des exemples faisant référence à l’histoire de l’art? (Voir la section Liens pour étudier de plus nombreux exemples de ses travaux.) Qu’appelle-t-on objets tout faits (ready-mades) et comment s’intègrent-ils à l’histoire de l’art?
  • Dans Dulce et Decorum Est, un poème écrit en 1917, le poète  Wilfred Owen ne rend pas gloire à la guerre. Après avoir décrit ce qu’il a vu pendant la guerre, il déclare que «Dulce et decorum est pro patria mori »  est un mensonge. (Il est doux et juste de mourir pour son pays) (Horace, Odes III.2.13) Êtes-vous d’accord avec lui ou bien seriez-vous prêt  à donner votre vie pour votre pays?
  • Découvrez les caractéristiques d’une chambre photographique de 8 pouces sur 10 et la raison pour laquelle Cohen s’en est servi dans son art.
  • Dans une entrevue en 2007, Cohen déclare : « Ce que je recherche est quelque chose de politique et de conceptuel, d’incongru et de pathétique. Il est difficile d’expliquer précisément ce qui m’attire  si ce n’est un certain sentiment d’étrangeté, d’incohérence, de tristesse ou un ordre asphyxiant.  Je suis attirée par les choses qui clochent un peu et par la façon dont toutes sortes d’imperfections viennent percer des trous dans nos rêves et idéologies.»  (Hamkin, 2007) Qu’est-ce qui vous intéresse dans la vie et dans votre pratique artistique?
  • Il y a plus de cinquante ans, le bombardier Hercules a été conçu pour l’évacuation médicale et le transport de marchandises. Il peut transporter de lourdes charges et peut atterrir sur une piste courte ou même en mauvais état. Aujourd’hui, on s’en sert aussi à des fins humanitaires, civiles et militaires. Il existe donc une dichotomie puisqu’on peut s’en servir comme avion de combat pour un assaut aérien et aussi pour aider et secourir des personnes dans le besoin. Discutez avec vos enseignants, vos pairs et votre famille de la guerre et de l’humanité, de la paix et de la liberté. Pour en savoir plus, sur le bombardier Hercules, consultez : http://fr.wikipedia.org/wiki/Lockheed_C-130_Hercules
Références

Auteur inconnu, Lynne Cohen.  Femmes à l’honneur : leurs réalisations – Les femmes artistes au  Canada.  Bibliothèque et Archives Canada.  Extrait d’Internet le 7 mai 2008, à (F) : http://www.collectionscanada.gc.ca/femmes/002026-507-f.html

(anglais) Byrne, David.  Occupied Territory: Lynne Cohen (Foreward).  New York, New York: Aperture, 1988.

(anglais) Dyck, Sandra.  Artist Talk/Lynne Cohen.  Annonce.  Carleton University Art Gallery, Ottawa, Ontario. Extrait d’Internet le 7 mai 2008 à :   http://artengine.ca/pipermail/artlist/2006-March/002067.html

(anglais) Ewing, William A., Lavoie, Vincent, Pauli, Lori, Thomas, Ann. Camouflage: An Interview with Lynne Cohen. No Man’s Land: The Photography of Lynne Cohen, Thames and Hudson, Londres 2001

(anglais) Findley, Kathleen.  ‘Lynne Cohen.’  Arts Magazine, avril 1992.

(anglais) Hakim, Mona.Mona.  Artists at Work: Lynne Cohen (Entrevue). 22 mars 2007

(anglais) Lake, Margaret. ‘Lynne Cohen P.P.O.W.’ Art News. Mai 1992, p. 128

(anglais) Leffingwell, Edward. ‘Lynne Cohen at P.P.O.W.’ Art In America. Juin 2000.

(anglais) llor. David.  Occupied Territory: Lynne Cohen.  New York, New York: Aperture, 1988.

(anglais) Murray, Joan. Contemporary Photographers.  Farmington Hills, Michigan : St. James Press. 1995.

Paul, Fredric, Jean-Pierre Criqui, Roman Tio Bellido, Johanne Lamoureux.  Lynne Cohen: L’endroit du décor/Lost and Found.  Paris, France : Hôtel des Arts et FRAC-Limousin, 1992.

(anglais) Thomas, Ann. No Man’s Land: The Photography of Lynne Cohen.  Catalogue d’exposition. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa, Ontario, 2001.

(anglais) Tousley, Nancy.  ‘Photographer Gets Behind the Scenes of Everyday Life.’  Calgary Herald, 11 juin 1992.

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