Terre, science et art

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Crête de Vimy
Indien surplombant la vallée
description

Indien surplombant la vallée, 1914 – huile sur toile, 58,4 x 77,6 cm

Crête de Vimy, 1918 – aquarelle, 28,4 x 30,5 cm

Avec ces deux tableaux qui proviennent de la collection de la MacKenzie Art Gallery , on voit l’étendue du talent artistique de Sheldon-Williams alors qu’il représente deux sujets fort différents et des scènes qui sont très éloignées l’une de l’autre. Dans le tableau le plus ancien, Indien surplombant la vallée, Sheldon-Williams nous présente une vue d’un homme solitaire à cheval. Notre regard et celui de cet homme embrassent une perspective paisible et verdoyante, des coulées boisées menant à une vallée fertile où coule une rivière.

Dans son livre, The Promised Land: The Utopian West, l’auteur R. Douglas Francis soutient que Sheldon-Williams faisait partie de ce groupe d’écrivains et d’artistes qui ont tenté de saisir les meilleures qualités de la société nouvellement installée, tout comme le faisait la propagande distribuée par le gouvernement canadien et le Canadian Pacific Railway pour attirer des colons vers «The Last Best West» (La dernière et meilleure frontière de l’Ouest).

«Croyant qu’ils ne faisaient que décrire l’Ouest,» écrit Francis, «ces individus ont en fait créé leur propre Ouest mythique, aussi utopique que celui décrit dans la propaganda. En situant leurs histoires romantiques dans l’Ouest du Canada et en peignant des scènes inspirées de la vie des prairies mais absolument idylliques, ces écrivains et artistes ont fait croire aux gens que l’Ouest qu’ils dépeignaient était l’Ouest ‘véritable’. (Francis, 1989)

L’auteur Ronald Rees étudie aussi l’idée idéalisée de l’Ouest. Il cite le poète Robert Stead, l’un des écrivains qui ont élevé les colons au rang de héros :

 

«For here on the edge of creation Lies, far as the vision can fling A Kingdom that’s fit for a nation A Kingdom – and I am the king.»
(Rees, 1984)
Car ici, à la frontière de la Création Repose, aussi loin que se porte le regard, Un royaume digne d’une nation Un royaume – et j’en suis le roi.
(Traduction libre)

 

Indien surplombant la vallée semble correspondre à l’image idéalisée d’une Création simple et vierge. Le cavalier solitaire s’apprête à entrer dans la vallée tranquille où se trouvent du bois, de l’eau, un abri et de la nourriture. L’homme, toutefois, semble voyager seul, sans armes ni approvisionnement, ce qui est fort peu probable pour des gens qui, d’habitude, voyageaient en groupe et qui dépendaient de la chasse pour survivre. Connaissant ces details historiques, le spectateur se fait une idée de la façon dont Sheldon-Williams a idéalisé la scène qu’il nous montre.

En contraste avec le calme et l’abondance de la vallée dépeinte dans Indien surplombant la vallée, Crête de Vimy présente une scène de dévastation. La bataille de la crête de Vimy fut l’une des plus sanglantes de la Première Guerre mondiale. L’armée française avait déjà subi la perte de plus de 100 000 soldats en essayant de prendre la crête aux Allemands avant que les soldats canadiens ne la prennent d’assaut, en avril 1917.

Le succès des Canadiens à Vimy est dû aux mois de préparation pour cette bataille essentielle qui s’est déroulée du 9 au 12 avril 1917. Ils ont construit un vaste réseau de tunnels sous la craie se trouvant sous le champ de bataille. Ces tunnels servaient de postes d’écoute, abritaient des hôpitaux de campagne et ont protégé les soldats jusqu’à ce qu’ils passent à l’attaque.

Vimy ridge memorial En 1922, le gouvernement français a fait don au Canada de terres se trouvant à la crête de Vimy, en reconnaissance du sacrifice des soldats canadiens lors de ce qu’on a appelé la Grande guerre. Le monument commémoratif canadien à Vimy se trouve sur le point le plus élevé des terres données par la France.

Les historiens citent souvent la bataille de Vimy comme l’événement determinant dans la transformation du Canada en nation, mais la scène que dépeint Sheldon-Williams illustre le butin discutable de la victoire. Crête de Vimy montre un paysage de ruines. Il n’y a personne dans le tableau, mais l’évidence des capacités destructives de l’humanité est partout.

L’histoire nous dit que la terre possède des pouvoirs surprenants pour se remettre d’une destruction aussi terrible que celle qui lui a été infligée pendant la première Guerre mondiale, de 1914 à 1918. Les fermiers labourent les champs et les villes ont été reconstruites, Cependant, près d’un siècle plus tard, il y a encore des parties du champ de bataille dont l’accès est interdit à cause du danger potentiel que posent des munitions non explosées qui y sont enfouies. Parfois, des agriculteurs français trouvent des cartouches et d’autres artefacts qui ont remonté à la surface au fil du temps et à cause des intempéries.

additional resources Matière à réflexion
  • L’auteur R. Douglas Francis inclut James Henderson et Augustus Kenderdine, deux autres artistes présentés dans ARTSask, parmi les peintres qui ont représenté un Ouest mythique dans leurs oeuvres. Observez des tableaux de Henderson et Kenderdine et identifier les similarités et différences entre les sujets et histoires présentés par les tableaux.
  • La collection de la MacKenzie Art Gallery compte des oeuvres de Sheldon-Williams qui représentent les aspects difficiles et dangereux de la vie du pionnier dans l’Ouest. Observez The Blizzard et The Fireguard. De quelle façon ces tableaux diffèrent-ils de Indien surplombant la vallée.
  • Vimy est le site d’un énorme monument aux morts canadiens qui a récemment été restauré. Bien des historiens pensent que la bataille de Vimy constitue le moment où le Canada «a atteint sa majorité». Est-ce important de commémorer des moments de conflit tel Vimy dans des oeuvres de création comme des tableaux, des chansons ou des monuments publics ou bien est-ce inapproprié de faire l’apologie de la violence?
  • Selon vous, Crête de Vimy de Sheldon-Williams fait-il l’apologie du conflit? Justifiez votre réponse.
  • Le gouvernement du Canada a créé un programme officiel d’artistesde guerre pendant la Première Guerre mondiale et il existe encore aujourd’hui. Bien des tableaux créés par les artistes de guerre sont exposés au Musée canadien de la guerre à Ottawa, en Ontario. Selon vous, est-il approprié qu’un travail créatif, comme la production d’art, s’intéresse à la guerre?
* Science Behind the Art *

Lynden Penner

Le cavalier des Premières nations qu’on voit ici entame tranquillement sa descente dans la vallée Qu’Appelle, un chenal important pour l’eau de fonte glaciaire, formé il y a près de 12 000 ans. Cette vallée s’est formée à l’extrémité sud de l’Inlandsis laurentidien qui se retirait. C’était le dernier grand glacier continental qui, à son apogée, recouvrait les Prairies de plusieurs kilomètres de glace. Lorsque la nappe glaciaire a pris une pause pendant son recul vers le nord, l’eau de fonte a coulé le long de son extrémité sud et a commencé à éroder ce qui deviendra éventuellement la vallée Qu’Appelle. En même temps, des lacs glaciaires se sont formés au sud de la nappe glaciaire. Un de ceux-ci était le lac glaciaire Regina qui s’étendait de ce qui est aujourd’hui Moose Jaw à Weyburn, et qui faisait 50 km de largeur. Au fur et à mesure que la glace a reculé au-delà du site actuel de la vallée Qu’Appelle, une voie s’est ouverte pour que l’eau du lac glaciaire de Regina s’écoule dans celle-ci et s’écoule vers l’est. Les flots torrentiels ont accéléré l’érosion de la vallée qui a atteint une largeur d’environ 2 km et une profondeur de 200 mètres. Le dépôt post-glaciaire d’alluvions (du sable fin, du limon et de l’argile déposés par un cours d’eau) a partiellement comblé la vallée, créant la large et fertile plaine inondable au lit plat que nous voyons aujourd’hui. La sinueuse rivière Qu’Appelle n’est qu’un filet d’eau par rapport au flot torrentiel qui a sculpté la vallée.

La colline qui se trouve juste devant le cavalier semble être un bloc en pointe – une partie de la vallée qui, sous l’effet de la gravité, a glissé vers le bas. Un substrat rocheux de schiste argileux peu résistant, situé en altitude au-dessus du fond de la vallée, crée des zones de moindre résistance le long desquelles la roche et le sédiment glaciaire qui le recouvrent glissent vers le fond de la vallée. L’érosion qu’entraînent la pluie et l’eau de fonte de la neige a, au fil des millénaires qui se sont écoulés depuis la formation de la vallée, arrondi les pentes herbeuses.

La crête de Vimy

Le tableau peint en en 1918, représente les terres ravagées qui caractérisaient la région de Vimy, dans le nord-est de la France, après la bataille durant la Première Guerre mondiale. Cette dernière a commencé le 9 avril 1917 et a duré jusqu’au 12 avril. Des 170 000 soldats qui y ont pris part, 97 000 canadiens et 73 000 britanniques, 3 598 ont été tués et 7 004 ont été bléssés.

Depuis que la guerre est guerre, un terrain en hauteur, donnant une vue dans toutes les directions et sur une grande distance, a toujours été prisé par une armée à cause de l’avantage que cela lui donnait sur ses ennemis. La crête de Vimy, avec ses pentes boisées à l’origine, était l’une de ces positions idéales. Les Allemands l’ont capturée en 1914 au cours des premiers mois de la guerre. Les forces françaises ont tenté de la reconquérir en 1915, puis les Britanniques en 1916. Les deux tentatives, accompagnées de pertes de vie désatreuses, ont échoué. La troisième tentative, par des forces canadiennes et britanniques placées sous le commandement du Lieutenant-Général Sir J.H.G Byng, se solde par une victoire et sera plus tard décrite comme le point tournant de la guerre et la consécration du Canada comme nation. L’attaque suit plusieurs mois de formation et de répétitions au cours desquelles chaque soldat apprend en détail le rôle qu’il aura à jouer au cours de la bataille à venir. Les préparations les plus difficiles sont sans doute les nombreux kilomètres de tunnels et les cavernes qui sont creusés en direction des lignes allemandes. Ceux-ci servent à bien des choses : ils permettent d’espionner les mouvements de l’ennemi, d’abriter des hôpitaux de campagne, d’entreposer des approvisionnements et des munitions et de déplacer les soldats à couvert vers des positions avancées d’où ils lanceront l’attaque.

La géologie du nord-est de la France a été un facteur important de la victoire à Vimy. Dans la plupart du nord-est de la France, les roches sous-jacentes étaient à l’origine des sédiments horizontaux déposés il y a de 100 à 65 millions d’années, mais ces couches ont plus tard été doucement pliées en bassins et hautes terres par les mêmes forces qui ont contribué à la formation des Alpes. À la crête de Vimy, l’escarpement faisant face au nord-est a été accentué par un mouvement associé à une faille d’orientation nord-ouest (une fracture très profonde de la croûte terrestre). Ce mouvement a produit une différence d’élévation d’environ 100 m entre les couches de roches qui se trouvent sous la crête de Vimy et ces mêmes couches qui se trouvent sous la région se trouvant à l’est de la crête, augmentant ainsi l’élévation de la paroi presque verticale de l’escarpement qui forme la crête. Les conditions de la surface de la crête de Vimy ont été dictées par les argiles lourdes déposées il y a de 65 à 23 millions d’années. Avec le temps humide de l’hiver, ces argiles sont rapidement devenues un marécage de boue baratté par le bombardement incessant des obus d’artillerie. Par contre, les roches sous-jacentes composées de craie (du calcaire surtout composé des restes calcaires de microorganismes marins) ont permis l’excavation rapide d’un vaste réseau de tunnels pour les chevaux, de cavernes pour s’abriter et entreposer, qui restaient, en grande partie, secs. Les fluctuations saisonnières d’environ 10 m de la nappe phréatique ont exigé que les tunnels soient en pente et que des puisards y soient placés de façon stratégique pour atténuer l’inondation.

En 1922, la France a fait don, à perpétuité, de 117 hectares de terres situées sur la crête de Vimy, en reconnaissance du sacrifice des soldats canadiens pendant la Grande Guerre. Le monument commémoratif est situé au point le plus élevé. Deux colonnes jumelles de 30 mètres de haut dominent une plateforme sur laquelle sont inscrits les noms de tous les 11 285 soldats canadiens « manquants et présumés disparus » en France pendant la Grande Guerre et dont le lieu de sépulture finale reste inconnu. La dédicace, en français et en anglais, rend hommage au plus de 60 000 Canadiens qui ont perdu la vie dans l’horreur inimaginable de cette guerre. Plus de sept mille d’entre eux sont inhumés dans une trentaine de cimetières situés dans un rayon de 20 km du monument. En 2007, le Canada a terminé, après deux ans, un projet de restauration et reconstruction sur le site du monument commémoratif qui a de nouveau été inauguré en présence de la Reine Elizabeth II, de Stephen Harper, Premier ministre du Canada et de Dominique de Villepin, Premier ministre de la France.

Des pièces et des timbres représentant le Monument commémoratif du Canada à Vimy ont aussi été émis. La Monnaie royale canadienne a émis deux pièces de collection hors-circulation: une pièce de 5 centimes en 2002 marquant le 85e anniversaire de la Battaille de la crête de Vimy et, en 2007, une pièce de 30$ pour souligner la restauration et la seconde inauguration du monument. Ces deux pièces comportent la statue du Canada pleurant ses fils disparus. Le 15 octobre 1968, Postes Canada a émis un timbre de 15 centimes représentant une gravure du monument commémoratif de Vimy pour souligner le 50e anniversaire de l’Armistice du 11 novembre 1918.

Les sites Web suivants apportent plus d’information sur la bataille de la crête de Vimy.

Références

(anglais) Francis, R. Douglas. Images of the West: Changing Perceptions of the Prairies, 1690-1960. Saskatoon, Saskatchewan: Western Producer Prairie Books, 1989.

(anglais) Fudge, Paul. ‘Inglis Sheldon-Williams.’ The Encyclopedia of Saskatchewan. Extrait d’Internet le 13 juin 2008 à : http://esask.uregina.ca/entry/sheldon-williams_inglis_1870-_1940.html

(anglais) Fudge, Paul. ‘Saskatchewan had influence on work of Sheldon-Williams.’ Regina Leader-Post, 20 mai 1982.

(anglais) Newman, Marketa. Biographical Dictionary of Saskatchewan Artists: Men Artists. Saskatoon, Saskatchewan: Fifth House Publishers, 1994.

(anglais) Rees, Ronald. Land of Earth and Sky: Landscape Painting in Western Canada. Saskatoon, Saskatchewan: Western Producer Prairie Books, 1984.

(anglais) Reid, Dennis. A Concise History of Canadian Painting, 2nd edition. Toronto, Ontario: Oxford University Press, 1988.

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