Artiste et activiste

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Note de la ville sombre
Labeur
description

« Mes œuvres sont comme de petites énigmes, des petits jeux intéressants. Je m’amuse avec l’humanité et la créativité. Je demande aux spectateurs de participer à un jeu où nous nous imaginons à la place les uns des autres. Nous découvrons ainsi que nous sommes tous fondamentalement des êtres humains… Mes créations ne sont pas destinées au marché de l’art. Le marché n’est pas le lieu des énigmes intellectuelles ou des œuvres d’émancipation spirituelle. » – Carl Beam, en entrevue avec Allan J. Ryan [traduction].

Carl Beam n’est pas sérieux quand il déclare dans l’entrevue que ses oeuvres sont des «petits jeux intéressants» avant d’ajouter qu’elles s’attaquent à un sujet profond, celui de l’humanité et de la créativité. De plus, l’objectif ultime de son jeu participatif- que les spectateurs se rendent compte que nous sommes tous semblables, des sortes de Monsieur ou de Madame Tout-le-monde – a été le but de nombreux poètes, écrivains et artistes à travers les âges.

Pour créer ces deux tableaux qui font partie de la collection de la Mendel Art Gallery, Beam a fait un collage d’images du passé et leur a donné un sens actuel. La méthode du collage sépare son oeuvre de celles qui font appel à la perspective monofocale qui a dominé la pratique artistique pendant des siècles, en fait depuis la  Renaissance. En plaçant côte à côte deux images très différentes et en leur donnant le même poids, Beam met le spectateur au défi de « lire et relire » ses collages de différentes façons.

« J’emploie la technique du collage pour interpréter le monde – parce que ce n’est pas un point de vue stationnaire. L’artiste a la chance unique de dire quelque chose à l’aide du collage – c’est en fait comme un ‘temps du rêve’ qui existe dans votre esprit. Trad. » Carl Beam, dans ‘The message is in the Medium’.

Dans Note de la ville sombre, Beam nous présente une vieille photo d’un Indien tenant un fusil. La photo a l’air posé, suggérant que l’homme suit les ordres du photographe. Au bas du tableau, Beam a peint le mot WARRIORS (Guerriers) en noir, comme s’il s’agissait d’une étiquette. C’est une image de l’histoire des Autochtones telle qu’elle est représentée dans l’histoire et la culture populaire. En peignant le mot sur la photo, Beam nous suggère que l’étiquette a peut-être besoin d’être mise à jour.

À gauche, dans l’arrière-plan, Beam a reproduit une coupure de journal qui a pour titre Island man sues for sexual abuse (Un Îlien intente une action en justice pour violences sexuelles), qui fait vraisemblablement référence aux nombreux cas de mauvais traitements dans les pensionnats autochtones gérés par diverses congrégations et financés par le gouvernement fédéral. La coupure de journal remonte à l’époque des pensionnats mais donne une nouvelle optique à cette histoire qui continue à se dérouler de nos jours. 

Sur la coupure, Beam a peint sur un carré rouge le titre de l’oeuvre et les mots where is FREUD now that we don’t need him…Carl Beam. (où est FREUD quand on a besoin de lui … Carl Beam). Il fait référence à Sigmund Freud, le créateur de la psychanalyse qui a popularisé des concepts comme l’inconscient, les souvenirs réprimés et le symbolisme des rêves. Beam fait peut-être allusion au fait que bon nombre d’enfants maltraités dans les pensionnats ont réprimé leurs souvenirs jusqu’à l’âge adulte. Ou peut-être suggère-t-il que ceux qui parlent maintenant des mauvais traitements qu’ils ont endurés sont les nouveaux guerriers, en réécrivant l’histoire des pensionnats? 

Dans Labeur, une photo remplit le centre du collage. Elle est entourée de photos plus petites. Le titre, en blanc sur fond noir, a proéminence dans le coin supérieur gauche. On est donc impossible de se tromper sur le sujet de l’oeuvre. La technique de collage dont se sert Beam empêche le regard de se fixer sur un seul point dans l’œuvre. Il semble plutôt nous présenter une collection de points de vue, ce qui donne un effet cumulatif.

La photo dans le coin supérieur gauche semble représenter un groupe de pierres, vraisemblablement des pierres tombales- qui sont empilées les unes contre les autres. Dessous, dans la photo centrale, un homme semble être en train d’en installer avec difficulté, à côté d’un caveau récemment creusé.

Deux petites photos forment la partie inférieure du collage. L’une montre une personne seule devant un édifice- une école peut-être- alors que l’autre montre un édifice en construction. Cependant, on ne peut pas voir d’ouvrier. 

L’impression générale qui ressort de Labeur est une impression de solitude et de désolation : une silhouette solitaire devant un édifice et un ouvrier qui travaille tout seul dans un cimetière. Les seuls signes de vie et de fertilité sont évidents dans la photo centrale dans le haut de l’œuvre. On y voit des plantes luxuriantes. Mais Beam a peint un trait noir sur la photo, suggérant que l’abondance n’a pas sa place dans ce monde de labeur.

additional resources Matière à réflexion
  • La technique du collage dont se sert Beam vous fait-il voir son sujet sous un autre angle? Comment? Pourquoi?
  • Une photo est un instantané d’un moment dans le temps. Les vieilles photos dont se sert Beam vous donne-t-elle l’impression de la fuite du temps, ou du passé? 
  • Une coupure de journal est aussi un instantané d’un moment dans le temps. Si la nouvelle est importante, les historiens se pencheront dessus plus tard et essaieront de la replacer dans un contexte plus large. Dans Note de la ville sombre, la coupure de journal vous aide-t-elle à mieux comprendre ce que Beam essaie de dire?
Références

(anglais) Cholette, Katie.‘Carl Beam’s Iconography.’  Remarques d’exposition pour Reconstructing Reason:  The Koan of Carl Beam. Carlton University Art Gallery, Ottawa, Ontario.  Disponible en ligne à t:  http://www.carleton.ca/gallery/beam/icon.htm.

(anglais) Eichorn, Virginia M.  It’s All Relative.  Remarques d’exposition. Canadian Clay and Glass Gallery, Waterloo, Ontario, 2004.  Disponible en ligne à:  http://www.canadianclayandglass.ca/Its_All_Relative.html.

(anglais) Grande, John K.  ‘Carl Beam: Dissolving time.’  Extrait de Balance: Art and Nature, Black Rose Books, Montreal, 1994.  Disponible en ligne à :  http://www.ccca.ca/c/writing/g/grande/grande019t.html.

Nécrologie, Carl Beam.  ArtBank,15 septembre 2005.  Disponible en ligne à :  http://www.artbank.ca/Nouvelles+et+activites/Activites/bulletin20

(anglais) ‘Ojibwa artist Carl Beam dies.’  CBC Arts, mardi 9 août 2005.  Disponible en ligne à:  http://www.cbc.ca/arts/story/2005/08/09/beamobit050809.html.

(anglais) Sehn, Tanya.  Canadian Aboriginal Artists: Perspectives on Westernization.  University of Lethbridge, 2004.  Disponible en ligne à:  http://www.uleth.ca/artgallery/exhibitions/2004/CanAbArt/CanAbArt.html

Canadian Heritage University of Regina Mackenzie Art Gallery Mendel Art Gallery Sask Learning