Daphne Odjig

About the Artist

« Parfois, je m’assois et je pense à nos Autochtones, et je me sens triste, mais, je l’ignore et je rentre et recommence à peindre. Je suis une optimiste. C’est une caractéristique indienne. J’ai le sentiment que les Indiens vont retrouver leur fierté. » (Daphne Odjig, tel que citée par Bob Boyer dans Odjig: The Art of Daphne Odjig 1960-2000, p. 9)

Daphne Odjig naît en 1919 dans la Réserve Wikwemikong sur l’île Manitoulin (Ontario). Manitoulin est une grande île qui se trouve sur le lac Huron et son isolement relatif a permis à une culture caractéristique de perdurer dans les communautés qui sont éparpillées sur l’île. Odjig vit une enfance heureuse dans la réserve et elle absorbe sa culture qu’elle exprimera ultérieurement dans son art.

« Manitoulin est vraiment une île de survie culturelle », écrit son collègue Bob Boyer, « et Daphne Odjig vient de la communauté de Wikwemikong, ou Wiki. Enfant, elle apprend les légendes et la culture de son peuple grâce à son père anishinabe et la parenté. … En même temps, sa mère, anglaise, lui inculque l’amour de l’art. » (Podedworny et Boyer, 2001)

Odjig rêvait de devenir enseignante, mais elle est tombée malade victime de la fièvre rhumatismale  et est obligée de manquer l’école. Bien que sur le moment, cela l’ait contrariée, cela lui a aussi donné le temps d’assimiler une connaissance artistique dispensée par son père et son grand-père avec lesquels elle aimait dessiner pendant des heures. Elle a 18 ans lorsque son grand-père et sa mère meurent. Peu après, elle quitte la réserve Wikwemikong pour Parry Sound (Ontario), où elle fait face à une communauté raciste. C’est pour cette raison qu’elle change son nom à Fisher (une vieille traduction anglaise de Odjig).

Pour échapper au racisme déclaré, Daphne et sa sœur s’installent à Toronto où Daphne rencontre et épouse Paul Somerville, un Mohawk. Ils partent s’installer en Colombie-Britannique où naissent leurs deux fils.

Artiste autodidacte, Odjig ne peut se concentrer sur sa peinture que lorsque ses deux fils sont à l’école. Ses premiers tableaux sont très réalistes, mais elle commence bientôt à essayer d’autres styles. Elle visite des galeries d’art et étudie des livres d’art et développe un fort intérêt pour la peinture européenne moderne. Elle exprime une admiration particulière pour le « style de Picasso » dans lequel elle trouve « une liberté totale de faire du nouveau ». (Fry, 1972)

En 1960, Somerville perd la vie dans un accident automobile. En 1963, Odjig se remarie avec Chester Beavon et le couple part s’installer dans le nord du Manitoba. Au cours des années 1960, les dessins à l’encre d’Indiens, des activités de la réserve et les paysages laissent petit à petit la place à un art non objectif qui lui donne plus de liberté pour exprimer ce qu’elle appelle ses émotions intérieures.

En 1970, Odjig et Beavon ouvrent une galerie consacrée à l’art autochtone à Winnipeg, au Manitoba. Se servant des liens établis grâce à la galerie, Odjig recrute Norval Morriseau, Alex Janvier, Jackson Beardy et d’autres artistes pour former une association importante, mais éphémère, d’artistes autochtones qui très vite se voit surnommée le Groupe autochtone des sept.

L’une des premières expositions importantes d’Odjig se tient au Pavillon canadien d’Expo 70, à Osaka (Japon). En 1972, ses tableaux figurent au sein de l’exposition essentielle « Treaty Numbers 23, 287 and 1171 » à la Winnipeg Art Gallery. Cette exposition préparée et organisée par Jacqueline Fry met aussi en vedette des travaux d’Alex Janvier et de Jackson Beardy, marquant la première fois où des artistes autochtones sont exposés dans un musée des beaux-arts public canadien au lieu d’un musée d’ethnographie. En 1986, Odjig est l’un de quatre artistes choisis dans le monde pour peindre un monument commémoratif à Picasso à Antibes (France).

Les contributions d’Odjig à l’art canadien et son appui à d’autres artistes lui ont valu deux plumes d’aigle, cinq doctorats honoris causa, l’Ordre du Canada, le Prix du Gouverneur général en arts visuels et en arts médiatiques et de nombreux autres honneurs.

« Si mon travail d’artiste a, d’une certaine façon, contribué à ouvrir des portes entre notre peuple et la communauté non autochtone, j’en suis heureuse. Je suis encore plus heureuse si cela a encouragé les jeunes qui viennent derrière nous à exprimer leur fierté en leur patrimoine plus ouvertement, avec plus de joie que je n’aurais jamais osé le penser possible. » – Daphne Odjig


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